Mont Nyiragongo
Un volcan dangereux et spectaculaire au Congo, célèbre pour son immense lac de lave et sa lave extrêmement fluide.
Mont Nyiragongo : La Lave la Plus Dangereuse du Monde
Le Mont Nyiragongo est l’un des volcans les plus beaux et les plus meurtriers du monde. Situé dans les Montagnes des Virunga en République Démocratique du Congo, il se dresse à seulement 12 kilomètres (7,5 miles) au nord de la ville de Goma, un centre urbain tentaculaire abritant plus de 1,5 million d’habitants.
Le Nyiragongo est célèbre pour abriter le lac de lave le plus grand et le plus persistant du monde. Pendant des décennies, ce chaudron bouillonnant de roche en fusion a hypnotisé scientifiques et aventuriers, rougeoyant dans le ciel nocturne comme un phare au-dessus de la forêt tropicale. Cependant, la beauté du volcan cache un secret terrifiant : sa lave ne ressemble à presque aucune autre sur Terre. Ultra-fluide et brûlante, elle peut couler plus vite qu’une voiture sur une autoroute, faisant du Nyiragongo une menace géologique unique.
Origines Géologiques : Le Rift Albertin
Le Nyiragongo est un stratovolcan aux pentes raides s’élevant à 3 470 mètres (11 385 pieds). Sa violence est née de sa situation dans le Rift Albertin, la branche occidentale du système de rift est-africain.
- Déchirure Tectonique : Ici, le continent africain se sépare lentement. À mesure que les plaques tectoniques nubienne et somalienne divergent, la croûte terrestre s’amincit, permettant au matériau profond et intact du manteau de remonter à la surface.
- La Chaîne des Virunga : Le Nyiragongo est l’un des huit volcans du massif des Virunga, qui comprend son voisin actif Nyamuragira (le volcan le plus actif d’Afrique) et les volcans endormis Mont Karisimbi et Mont Mikeno. Alors que la plupart de ces volcans sont en sommeil, le Nyiragongo et le Nyamuragira sont responsables de 40 % de toutes les éruptions volcaniques historiques en Afrique.
La Chimie de la Vitesse : La Lave “Voiture de Course”
La plupart des stratovolcans, comme le mont Saint Helens ou le Vésuve, émettent une lave épaisse et collante riche en silice. Cette lave se déplace lentement, comme du dentifrice ou du miel. Le Nyiragongo est tout le contraire.
- Lave Foiditique : Sa lave est classée chimiquement comme foiditique (spécifiquement de la néphélinite ou de la mélilite). Elle contient des quantités exceptionnellement faibles de silice et est riche en métaux alcalins comme le sodium et le potassium.
- Privation Minérale : La lave est essentiellement exempte de feldspaths, les minéraux communs formant les roches trouvés dans la plupart des roches volcaniques. Au lieu de cela, elle est dominée par des minéraux comme la néphéline, la leucite et la mélilite.
- Le Résultat : Cette composition chimique confère à la lave une viscosité (épaisseur) incroyablement faible. Elle a une consistance plus proche de l’eau ou de l’huile de moteur que de la roche en fusion.
- Le Danger : Lorsque les parois du cratère se fracturent, cette lave fluide peut dévaler les pentes à 40 degrés à des vitesses allant jusqu’à 100 km/h (60 mph). Dans la plupart des éruptions volcaniques, vous pouvez échapper à la lave en marchant. Au Nyiragongo, vous ne pouvez même pas lui échapper en voiture. Cette vitesse extrême la rend uniquement mortelle pour les populations vivant en contrebas.
Le Puits de Feu : Évolution du Lac de Lave
Pendant une grande partie du XXe siècle, le cratère sommital du Nyiragongo (qui mesure 1,2 km de large) contenait un immense lac de lave bouillonnante.
- Terrasses : Le lac existe souvent à différents niveaux, formant des terrasses de lave noire solidifiée à l’intérieur du cratère qui ressemblent à des anneaux de baignoire.
- Convection : Le lac est soutenu par un “renversement convectif” continu. Le magma chaud et riche en gaz remonte du système de plomberie profond, dégaze à la surface (créant des fontaines et des bulles), refroidit pour former une fine croûte noire et redescend. Ce cycle maintient le lac dans un état de mouvement perpétuel.
- Son et Lumière : Les observateurs décrivent le son du lac comme un grondement constant et fracassant, comme le ressac sur une plage. La nuit, la lueur rouge illumine la couverture nuageuse au-dessus de la montagne, visible à des distances de plus de 50 kilomètres.
Histoire Éruptive : Tragédie à Goma
Le Nyiragongo agit comme un seau géant. Il se remplit lentement de lave pendant des décennies, élevant le niveau du lac de lave. Finalement, l’immense pression de la colonne de magma fissure les côtés du seau (les flancs du volcan), menant à un événement de drainage catastrophique.
Le Désastre de 1977
Le 10 janvier 1977, les parois du cratère se sont fracturées. En moins d’une heure, tout le lac de lave (contenant quelque 22 millions de mètres cubes de roche) s’est vidé.
- La Vitesse : Les coulées ont voyagé à des vitesses estimées à 60 mph (environ 96 km/h), sans doute les coulées de lave les plus rapides jamais enregistrées dans l’histoire.
- Le Bilan : La lave a submergé les villages sur les pentes avant que les gens ne puissent se réveiller. Le bilan officiel des morts était de 70, mais des rapports non confirmés suggèrent que des centaines, voire des milliers de personnes pourraient être mortes. Ce fut un réveil brutal pour le monde quant au danger unique du Nyiragongo.
L’Éruption de 2002
Le 17 janvier 2002, le scénario cauchemardesque s’est reproduit. Des fissures se sont ouvertes bas sur le flanc sud, envoyant des rivières de lave directement dans Goma.
- Destruction Urbaine : La lave a coupé la ville en deux, coulant dans les rues comme de l’eau. Elle a détruit 13 % de Goma, y compris le centre commercial et le tiers nord de la piste de l’aéroport international.
- Menace du Lac Kivu : Les coulées ont atteint le lac Kivu, soulevant des craintes d’une explosion de vapeur ou d’une éruption limnique (libération de gaz asphyxiant).
- Déplacement : Environ 250 personnes sont mortes (principalement par asphyxie au dioxyde de carbone ou effondrement de bâtiments), et des centaines de milliers ont fui vers le Rwanda voisin.
L’Éruption de 2021 : Une Attaque Surprise
Après des années de remplissage du lac de lave, le Nyiragongo est entré en éruption à nouveau dans la soirée du 22 mai 2021.
- Pas d’Avertissement : Contrairement aux événements précédents, il y avait peu de précurseurs sismiques. Deux fissures se sont ouvertes sur les pentes sud.
- La Panique : Le ciel rouge a déclenché une panique immédiate à Goma. Des milliers de personnes ont saisi matelas et enfants, fuyant à pied vers la frontière rwandaise.
- L’Impact : La lave a détruit environ 3 600 maisons et écoles. Elle a traversé une route principale, coupant les routes d’aide. De manière critique, elle s’est arrêtée à quelques mètres de l’aéroport international de Goma et des limites de la ville de Buheme.
- Crise Sismique : Le véritable danger est venu après l’éruption. Pendant des jours, d’intenses tremblements de terre ont secoué la région alors que le magma continuait de se déplacer sous terre vers le lac Kivu. Des fissures se sont ouvertes au milieu des rues de Goma. Les autorités ont ordonné une évacuation complète de la ville (400 000 personnes) craignant une explosion massive ou une libération de gaz. Heureusement, l’activité s’est calmée sans la redoutée “éruption limnique”.
Mazuku : Le Tueur Silencieux
Alors que la lave fait les gros titres, le gaz invisible est souvent plus mortel. Le Nyiragongo émet des quantités massives de Dioxyde de Carbone (CO2).
- Vent Mauvais : Le CO2 est plus lourd que l’air. Il s’infiltre hors du sol par des fractures et coule vers le bas, s’accumulant dans les dépressions, les sous-sols et les creux par rapport au sol. Les habitants appellent ces poches de gaz Mazuku, ce qui signifie “Vent Mauvais” en swahili.
- Le Piège : Les poches de Mazuku sont inodores et incolores. Les enfants jouant dans une dépression, ou les gens dormant à même le sol dans des huttes dans les zones touchées, peuvent simplement s’endormir et ne jamais se réveiller.
- Détection : De fortes concentrations (>1 %) provoquent vertiges et confusion. Des concentrations plus élevées (>10 %) provoquent une perte de conscience immédiate et la mort par asphyxie. Le gaz tue aussi le bétail et les oiseaux.
- Chèvres comme Canaris : Dans certaines régions, les habitants utilisent des chèvres pour tester la sécurité d’une dépression. Si la chèvre s’effondre, le Mazuku est présent. Aujourd’hui, les scientifiques travaillent à cartographier ces zones et à installer des panneaux d’avertissement.
Parc National des Virunga : Conservation dans une Zone de Guerre
Le Nyiragongo se trouve au sein du Parc National des Virunga, le plus ancien parc national d’Afrique (créé en 1925) et site du patrimoine mondial de l’UNESCO.
- Biodiversité : Le parc est célèbre pour ses Gorilles de Montagne en danger, qui vivent sur les pentes endormies du mont Mikeno et Karisimbi à proximité. Les forêts tropicales denses entourant le Nyiragongo abritent également des chimpanzés, des éléphants de forêt et le caméléon à trois cornes endémique.
- Conflit : La région est en proie à des décennies de conflit armé. Les groupes rebelles utilisent souvent les forêts denses comme cachettes. Les gardes du parc (l’ICCN) sont la première ligne de défense, risquant souvent leur vie pour protéger le parc et les touristes. Des centaines de gardes ont été tués dans l’exercice de leurs fonctions au cours des 20 dernières années.
Surveillance et l’OVG
L’Observatoire Volcanologique de Goma (OVG) a l’un des travaux les plus difficiles de la science.
- Défis : Ils surveillent un volcan hyper-dangereux dans une zone de conflit, souvent avec un financement sporadique et un vieil équipement. Le pillage des sismomètres par les rebelles est un risque constant.
- Héroïsme : Malgré cela, les scientifiques locaux continuent de gravir le volcan pour mesurer les émissions de gaz et la température. Leur travail fournit le seul système d’alerte pour les millions de personnes vivant à Goma et Gisenyi (Rwanda).
- Techniques : Ils utilisent des réseaux sismo-acoustiques pour écouter les chutes de pierres à l’intérieur du cratère et l’InSAR (radar satellitaire) pour mesurer si le sol gonfle avec le magma.
Tourisme : Trekking au Bord du Gouffre
Avant l’éruption de 2021 et les fermetures de sécurité récentes, le trekking au Nyiragongo était considéré comme l’aventure africaine ultime.
- L’Ascension : La randonnée implique une montée raide de 4 à 6 heures à travers trois zones de végétation distinctes : forêt tropicale, lande alpine et champs de lave brute.
- Les Cabanes du Sommet : De petits abris en bois en forme de A ont été construits directement sur le bord du cratère. Les visiteurs passaient la nuit ici, gelant dans l’air froid de haute altitude tout en étant réchauffés par la chaleur rayonnante du lac de lave montant de la fosse.
- Statut Actuel : Fin 2025/début 2026, le tourisme reste fortement restreint en raison de la situation sécuritaire volatile au Nord-Kivu et de l’instabilité du cratère post-éruption. Les futurs voyageurs doivent vérifier auprès des autorités du Parc National des Virunga.
Conclusion
Le Mont Nyiragongo est un paradoxe géologique. C’est un lieu d’une beauté hypnotique, créant l’un des spectacles lumineux les plus spectaculaires de la nature. Pourtant, il pend comme une épée de Damoclès au-dessus de l’une des villes d’Afrique à la croissance la plus rapide. Sa lave fluide et son gaz silencieux servent de rappel constant que dans la vallée du Grand Rift, la Terre est toujours en construction, et c’est un chantier qui exige le plus grand respect.