Mont Meru
Le deuxième plus haut sommet de Tanzanie, un stratovolcan actif situé dans le parc national d'Arusha, célèbre pour sa spectaculaire caldeira en forme de fer à cheval et sa faune diversifiée.
Mont Meru : L’Ombre du Kilimandjaro
Dans le paysage majestueux de l’Afrique de l’Est, une montagne se retrouve souvent dans l’ombre d’un géant. Le Mont Meru, culminant à 4 562 mètres, est le deuxième plus haut sommet de Tanzanie. Il est situé à seulement 70 kilomètres à l’ouest du mont Kilimandjaro. Alors que le Kilimandjaro attire les foules avec son titre de “Toit de l’Afrique”, le Meru offre une expérience d’escalade plus raide, plus spectaculaire et sans doute plus belle. C’est la pièce maîtresse du Parc national d’Arusha, un joyau de biodiversité où le trekking implique de marcher devant des troupeaux de girafes et de buffles avant de monter dans la zone alpine.
Le Meru n’est pas seulement un “échauffement” pour le Kilimandjaro (bien qu’il soit couramment utilisé pour cela) ; c’est un chef-d’œuvre géologique à part entière. C’est un stratovolcan actif qui a subi un effondrement catastrophique il y a 7 800 ans, détruisant son mur oriental et créant une spectaculaire caldeira en forme de fer à cheval. Debout au sommet, connu sous le nom de Pic Socialiste, on regarde vers le bas dans une chute vertigineuse de milliers de pieds vers le Cône de Cendres en contrebas, avec le dôme enneigé du Kilimandjaro flottant au-dessus des nuages au loin.
Histoire Géologique : Le Grand Effondrement
Le Mont Meru était autrefois beaucoup plus grand qu’il ne l’est aujourd’hui. Les géologues estiment qu’avant son effondrement, il pouvait mesurer plus de 5 000 mètres de haut, rivalisant avec le Kilimandjaro.
Le Cataclysme
Il y a environ 7 800 ans, tout le flanc oriental du volcan a cédé. Cela a probablement été déclenché par une agitation volcanique ou un tremblement de terre massif.
- Avalanche de Débris : L’effondrement a envoyé une avalanche colossale de roches, de boue et d’eau balayant vers l’est à travers les plaines de Sanya. Ce champ de débris, caractérisé par des collines en monticules, s’étend sur des dizaines de kilomètres.
- La Caldeira en Fer à Cheval : L’événement a laissé derrière lui une caldeira béante de 5 kilomètres de large avec une brèche orientée vers l’est. Cette brèche est la caractéristique déterminante du profil du Meru, lui donnant une apparence déchiquetée et brisée sous certains angles tout en conservant une forme de cône parfaite depuis l’ouest.
Le Cône de Cendres
À l’intérieur de la caldeira, l’activité n’a pas cessé. Un nouvel évent parfaitement symétrique connu sous le nom de Cône de Cendres a grandi depuis le fond du cratère.
- Activité Récente : Le Cône de Cendres a été le site de la dernière éruption en 1910. Il reste géologiquement actif, avec des fumerolles émettant de la vapeur. Pendant la randonnée vers le sommet, les grimpeurs marchent le long du bord de la caldeira principale, regardant vers le bas sur ce volcan intérieur — un volcan dans un volcan.
L’Escalade : Un Safari à Pied
L’un des aspects uniques de l’ascension du Meru est que les pentes inférieures sont un safari à pied. Parce qu’il se trouve dans le parc national d’Arusha, la connexion avec la faune est immédiate et intime.
Les Pentes Inférieures (1500m - 2500m)
Le trek commence généralement à la porte Momella.
- Rencontres avec la Faune : Les randonneurs doivent être accompagnés d’un garde forestier armé. Ce n’est pas négociable, car la forêt abrite des buffles du Cap, des éléphants, des phacochères et des léopards. Il est courant de marcher à quelques mètres de girafes imposantes broutant les acacias.
- L’Arche du Figuier : Le chemin serpente à travers une forêt de montagne luxuriante, passant sous “l’Arche du Figuier”, un figuier étrangleur massif qui a formé un tunnel naturel au-dessus du sentier.
- Singes Colobes : La canopée est vivante avec l’appel des singes colobes noirs et blancs, dont les longues queues fluides agissent comme des parachutes lorsqu’ils sautent entre les arbres drapés de mousse.
Les Lacs Momella
Au nord-est de la montagne se trouvent les Lacs Momella. Ces sept lacs alcalins sont alimentés par des sources souterraines et sont célèbres pour leurs couleurs changeantes (du vert au turquoise) causées par les algues.
- Flamants Roses : Les lacs attirent des milliers de flamants nains et roses, peignant les rivages en rose.
- Avifaune : Avec plus de 400 espèces d’oiseaux recensées, la région est un rêve pour les ornithologues.
L’Ascension : Pic Socialiste
L’ascension vers le sommet est une entreprise raide de 3 à 4 jours qui teste l’endurance et la détermination.
Refuge Saddle et Petit Meru
Le camp de base principal pour la poussée vers le sommet est le Refuge Saddle (3 500m). De là, de nombreux randonneurs font une courte randonnée d’acclimatation vers le Petit Meru (3 820m), un pic plus petit qui offre une vue sur le coucher du soleil sur la montagne principale.
Nuit au Sommet
La poussée vers le sommet commence généralement à 2h00 du matin.
- Rhino Point : Le sentier monte raidement jusqu’à Rhino Point (3 800m), où les grimpeurs naviguent sur une crête étroite. Le sol tombe brusquement des deux côtés — dans la caldeira à droite et sur les pentes extérieures à gauche.
- La Marche sur la Crête : C’est la partie la plus exaltante de l’ascension. Au lever du soleil, vous marchez le long du bord du cratère. À votre droite, les falaises plongent verticalement vers le Cône de Cendres. L’ombre du Meru est projetée parfaitement sur les nuages à l’ouest en une pyramide nette.
- Pic Socialiste : Atteindre le sommet (4 562m) est une victoire. Le pic a été nommé “Pic Socialiste” par le gouvernement tanzanien pour commémorer les politiques socialistes du pays sous Julius Nyerere, bien que de nombreux habitants et opérateurs l’appellent encore simplement le Sommet.
La Route Momella : Un Guide Étape par Étape
Contrairement au Kilimandjaro, qui a plusieurs routes officielles (Machame, Marangu, Lemosho, etc.), le Mont Meru n’a qu’un seul chemin officiel vers le sommet : la Route Momella. Cela garantit que les randonneurs sont concentrés et faciles à gérer, minimisant l’empreinte environnementale et le risque de conflit avec la faune.
Jour 1 : Porte Momella (1 500m) à Refuge Miriakamba (2 514m)
- Distance : 10 km
- Temps : 4-6 heures
- La Randonnée : Le trek commence à la Porte Momella, où vous rencontrez votre garde forestier armé. Le sentier traverse la rivière Ngare Nanyuki et monte à travers des prairies ouvertes où les buffles et les girafes sont communs. Vous entrez ensuite dans la zone de forêt de montagne.
- Le Refuge : Le Refuge Miriakamba vous offre vos premières vues imprenables sur le fond du cratère et le lointain Kilimandjaro. Les refuges sont des dortoirs en bois avec des lits superposés, un luxe par rapport aux tentes souvent utilisées sur d’autres montagnes.
Jour 2 : Refuge Miriakamba (2 514m) à Refuge Saddle (3 566m)
- Distance : 8 km
- Temps : 3-5 heures
- La Randonnée : Le chemin devient plus raide, serpentant à travers la bruyère géante et les arbres moussus de la crête “Dos d’Éléphant”. À mesure que vous gagnez de l’altitude, les arbres rétrécissent en broussailles alpines.
- Petit Meru : Après avoir atteint le Refuge Saddle dans l’après-midi, la plupart des randonneurs déposent leurs sacs et montent au Petit Meru (3 820m). Cette boucle prend environ une heure et est cruciale pour l’acclimatation. La vue du soleil se couchant derrière le pic principal, projetant l’ombre de la montagne sur les nuages vers le Kilimandjaro, est inoubliable.
Jour 3 : Refuge Saddle au Sommet (4 562m) retour à Miriakamba
- Distance : 5 km montée, 13 km descente
- Temps : 10-12 heures
- La Poussée : Le réveil est à 1h00 du matin. Vous marchez à la lampe frontale, naviguant sur la crête étroite jusqu’à Rhino Point (3 800m). De là, le chemin devient une traversée d’escalade le long du bord du cratère. Les dénivelés sont vertigineux. Vous marchez sur de la cendre volcanique et de la roche, luttant contre le vent froid.
- Lever du Soleil : Vous visez à atteindre le Pic Socialiste juste au moment où le soleil se lève. Le soleil se lève en fait derrière le Kilimandjaro, créant une silhouette du plus haut sommet d’Afrique contre un ciel rougeoyant. C’est l’un des panoramas les plus spectaculaires de l’alpinisme mondial.
Légendes et Histoire
Le Peuple Wameru
Le peuple indigène Wameru vit sur le sol fertile des pentes du Meru depuis plus de 400 ans. Pour eux, la montagne est connue sous le nom de Ol Doinyo Orok (La Montagne Noire), la distinguant de Ol Doinyo Ebor (La Montagne Blanche - Kilimandjaro) et Ol Doinyo Lengai (La Montagne de Dieu).
- Faiseur de Pluie : Le Meru est vu comme un faiseur de pluie. Ses pentes élevées captent l’humidité des alizés de l’océan Indien, alimentant les rivières et les sources qui font de la région d’Arusha un grenier agricole.
- Sites Sacrés : Il y a des clairières et des grottes spécifiques sur les pentes inférieures qui sont considérées comme des sanctuaires sacrés, où les anciens offraient traditionnellement des sacrifices pour demander la pluie ou la santé pour leur bétail.
L’Ère Coloniale
Le Meru a été aperçu pour la première fois par des Européens en 1848 (par Rebmann), mais n’a été escaladé qu’en 1901 par l’Allemand Carl Uhlig. Pendant la période coloniale allemande, les pentes ont été massivement plantées de café, établissant l’économie de plantation qui existe encore aujourd’hui. Le nom “Pic Socialiste” est un vestige de l’ère post-indépendance sous Julius Nyerere, qui cherchait à effacer les noms coloniaux et à inculquer la fierté nationale, bien que le nom “Meru” (faisant référence au peuple) reste la langue commune.
Meru vs. Kilimandjaro
Pourquoi escalader le Meru ?
- Acclimatation : C’est la préparation physiologique parfaite pour le Kilimandjaro. Dormir à 3 500m et marcher à 4 562m déclenche la production de globules rouges par le corps. Les grimpeurs qui font le Meru en premier ont un taux de réussite significativement plus élevé sur le Kili.
- Pas de Foule : Alors que le Kilimandjaro (surtout les routes Machame et Marangu) peut ressembler à une autoroute, le Meru est calme. Vous avez souvent les refuges pour vous tout seul.
- Intérêt Technique : Le Meru est plus raide et plus accidenté. La marche sur la crête offre un sentiment d’exposition et d’aventure alpine qui manque largement dans la “promenade” sur le Kili.
- Paysage : Beaucoup soutiennent que le Meru est la plus belle montagne. Les parois dramatiques de la caldeira, le cône de cendres et la vue sur le Kilimandjaro lui-même rendent la photographie supérieure.
Conservation et Légendes
La montagne est sacrée pour le peuple Meru (Wameru) qui vit sur ses pentes fertiles du sud et de l’est. Ce sont des agriculteurs qui cultivent le sol volcanique depuis des siècles, produisant du café, des bananes et du maïs.
Parc National d’Arusha
Créé en 1960, le parc protège la montagne et le cratère Ngurdoto (un volcan plus petit et séparé à proximité). Les efforts de conservation ici ont réussi à maintenir des populations saines de primates et d’herbivores, bien que le braconnage reste une préoccupation dans les zones tampons.
Conclusion
Le Mont Meru est sans doute le trek le plus sous-estimé d’Afrique de l’Est. Il offre tout ce qu’un grimpeur peut désirer : le frisson de la faune sauvage, le défi d’une ascension raide, la merveille géologique d’une caldeira active et la solitude de la nature. Il se dresse non seulement comme un terrain d’entraînement pour son voisin plus grand, mais comme une destination spectaculaire qui impose le respect et l’admiration à part entière.