Lonquimay
Un stratovolcan magnifique et symétrique dans les Andes chiliennes, célèbre pour sa récente éruption de Noël en 1988.
Le Lonquimay est un stratovolcan frappant et coiffé de neige situé dans la région d’Araucanie, au sud du Chili. S’élevant à 2 865 mètres (9 400 pieds), son cône tronqué et variable crée une silhouette spectaculaire sur le ciel andin. Il se trouve au sein de la Réserve nationale Malalcahuello-Nalcas, une zone réputée pour ses forêts anciennes et ses paysages volcaniques. Bien que sa beauté attire des milliers de touristes chaque année, le Lonquimay est une force géologique puissante, responsable de l’une des éruptions les plus chimiquement toxiques de l’histoire récente.
L’éruption de Noël de 1988
Le Lonquimay a acquis une notoriété internationale le 25 décembre 1988, lorsqu’une fissure s’est ouverte sur son flanc nord-est.
- Naissance de Navidad : L’éruption ne s’est pas produite au sommet principal mais a plutôt créé un tout nouveau cône parasite. Comme elle a commencé le jour de Noël, le nouveau volcan a été nommé Cratère Navidad (Cratère de Noël).
- La coulée : Pendant 13 mois, cet évent a craché une rivière continue de lave andésitique en blocs qui a parcouru plus de 10 kilomètres dans la vallée de la rivière Lolco. Le volume était immense, ensevelissant forêts et terres d’élevage sous un mur de roche noire pouvant atteindre 60 mètres d’épaisseur.
- Le désastre du fluor : L’aspect le plus insidieux de cette éruption n’était pas la lave, mais le gaz. Le magma était inhabituellement riche en fluor. Alors que les fines cendres se déposaient sur l’herbe des vallées environnantes, elles enrobaient la végétation d’acide fluorhydrique toxique. Des milliers de bovins, de moutons et de chevaux sont morts d’ostéofluorose—une condition horrible où les os deviennent cassants et les dents se désintègrent. Ce fut une catastrophe environnementale et économique pour les communautés locales Pehuenche et de colons, menant à d’importantes études de santé sur les effets du fluor volcanique sur les populations humaines.
Merveille écologique : Les forêts d’Araucaria
Les pentes du Lonquimay abritent l’un des écosystèmes les plus uniques au monde : la forêt d’Araucaria.
- Fossiles vivants : L’Araucaria araucana, ou Désespoir des singes, est un fossile vivant datant de l’ère mésozoïque. Ces arbres, avec leur écorce épaisse résistante au feu et leurs canopées en forme de parapluie, ont évolué pour survivre en terrain volcanique.
- Bonsaï volcanique : Près de la limite des arbres et à proximité des coulées de lave, on peut observer un “nanisme” généralisé de la végétation. Le contraste saisissant entre le sable volcanique noir (scories) et les branches reptiliennes vert foncé des arbres Araucaria crée un paysage préhistorique qui donne l’impression d’entrer dans un habitat de dinosaures.
- Résilience : Après l’éruption de 1988, la récupération de la forêt a été lente mais régulière. Les arbres Araucaria qui n’ont pas été ensevelis ont fait preuve d’une résilience remarquable face aux lourdes charges de cendres, bien que les effets à long terme de la contamination du sol par le fluor soient encore étudiés par les écologistes.
L’esprit des Pehuenche
La région autour du Lonquimay est la patrie ancestrale du peuple Pehuenche, une branche de la nation Mapuche.
- Gens du pin : Le nom “Pehuenche” se traduit littéralement par “Gens du Pehuén” (le nom Mapuche de l’arbre Araucaria). Leur culture est inextricablement liée à la forêt et aux volcans. Le piñón (la noix de l’Araucaria) est une source de nourriture de base, récoltée chaque automne lors d’une pratique de cueillette sacrée connue sous le nom de piñoneo.
- Divinités volcaniques : Pour les Pehuenche, le volcan n’est pas seulement une caractéristique géologique mais une puissante entité spirituelle (Pillán). Les éruptions sont souvent interprétées comme des manifestations de mécontentement ou de déséquilibre spirituel. Pendant l’éruption de 1988, les Machis (chamans) locaux ont effectué des cérémonies distinctes (Nguillatun) pour apaiser l’esprit de la montagne, demandant à la lave d’épargner leurs pâturages d’hiver.
- Résilience culturelle : La survie de la culture Pehuenche malgré des siècles de colonisation et les pressions environnementales de la vie dans une zone volcanique témoigne de leurs profondes connaissances écologiques. Ils ont appris à lire les signes de la montagne—changements de comportement des oiseaux, odeur de l’eau, vents changeants—bien avant que la science moderne n’établisse des observatoires.
Architecture volcanique et géomorphologie
Le Lonquimay offre une leçon magistrale de construction de stratovolcan.
- Le cône tronqué : Contrairement au cône parfait de l’Osorno ou du Fuji, le Lonquimay semble légèrement tronqué. Cela est dû à une histoire d’effondrements sommitaux et à la migration de l’évent actif. Le cratère principal est grand et de forme ovale, mesurant environ 700 mètres de large, et est rempli d’un glacier qui alimente les sources de la rivière Biobío.
- Le Cordón Fisural : Le Lonquimay fait partie d’un plus grand complexe volcanique fissural. Le “Cordón Fisural Oriental” est une ligne d’évents volcaniques s’étendant sur 10 kilomètres au nord-est. Cette faiblesse structurelle dans la croûte est ce qui a permis au cône Navidad de se former si facilement. Cela suggère que les futures éruptions sont tout aussi susceptibles de se produire sur les flancs qu’au sommet.
- Types de lave : La lave produite par le Lonquimay oscille entre l’andésite et la dacite. Les coulées de 1988 étaient des laves “aa” en blocs, extrêmement visqueuses et lentes, formant des murs de roche jusqu’à 20 mètres de haut qui avançaient comme une chenille de char. Ces coulées ont maintenant refroidi en un paysage chaotique et déchiqueté qui est presque impossible à traverser à pied, créant une forteresse naturelle de pierre.
Biodiversité : La vie dans la cendre
La Réserve nationale Malalcahuello-Nalcas est un point chaud de biodiversité.
- La transition verte : La réserve se situe dans une zone de transition entre les forêts tropicales tempérées du sud et les forêts sclérophylles plus sèches du nord. Cela crée un mélange unique d’espèces.
- Faune : Les forêts abritent l’insaisissable Renard de Darwin (Lycalopex fulvipes), l’un des canidés les plus menacés au monde. Les pumas patrouillent à la limite des arbres, chassant les lièvres européens et les petits cerfs comme le Pudu.
- Vie aviaire : Le ciel est dominé par le Condor des Andes, tandis que le sous-bois dense est le territoire du Pic de Magellan (Campephilus magellanicus), dont le tambourinage rythmique résonne à travers les troncs d’Araucaria.
- Adaptation : Les plantes ici se sont adaptées aux fréquentes chutes de cendres. De nombreuses espèces ont des feuilles dures et cireuses qui rejettent facilement la poussière volcanique. Le sol, constamment réapprovisionné par les éjectas volcaniques, est immensément fertile, permettant une régénération rapide du tapis forestier après des incendies ou des éruptions mineures.
Contexte géologique : Les Andes en mouvement
Le Lonquimay se trouve dans un voisinage tectonique complexe.
- La faille Liquiñe-Ofqui : Le volcan se trouve directement sur la zone de faille Liquiñe-Ofqui, une faille de décrochement massive de 1 000 kilomètres de long qui s’étend parallèlement à la chaîne andine. Cette faille agit comme une autoroute pour le magma, lui permettant de remonter facilement à la surface. C’est la raison de l’alignement linéaire des volcans dans cette région, y compris les voisins du Lonquimay, le Tolhuaca et le Llaima.
- Style éruptif : Le Lonquimay est capable d’éruptions effusives (produisant de la lave) et explosives. Son cratère sommital principal est rempli d’un glacier, mais l’activité historique s’est concentrée sur les évents latéraux. Cette imprévisibilité—ne pas savoir où le prochain trou s’ouvrira—complique le zonage des dangers pour les villes voisines de Malalcahuello et Lonquimay.
Tourisme : Skier sur un volcan
Malgré ses dangers, le Lonquimay est un centre de loisirs.
- Station de ski de Corralco : Située sur les pentes sud-est, Corralco est l’une des principales destinations de ski d’Amérique du Sud. Les skieurs dévalent littéralement les pentes d’un volcan actif. L’absence d’arbres au-dessus de 1 600 mètres crée de vastes champs de poudreuse ouverts.
- Randonnée au cratère Navidad : En été, un sentier populaire mène les randonneurs au bord du cône éteint de Navidad. Le sol est encore chaud par endroits, et des évents de vapeur (fumerolles) rappellent que la chambre magmatique en dessous refroidit encore. En regardant dans le cratère, on peut voir les dépôts colorés de soufre et de fer oxydés par les gaz volcaniques.
- La route cyclable volcanique : Les routes entourant le Lonquimay font partie d’une route cyclable panoramique qui traverse des champs de lave, des forêts de bambous et des sources chaudes thermales chauffées par l’énergie géothermique du volcan.
Surveillance et risques futurs
L’Observatoire volcanologique des Andes du Sud (OVDAS) surveille de près le Lonquimay.
- Essaims sismiques : Le principal précurseur de l’activité ici sont les essaims sismiques. Avant l’éruption de 1988, les résidents ont ressenti des tremblements de terre localisés pendant des semaines. Aujourd’hui, des instruments sensibles peuvent détecter ces tremblements bien avant qu’ils ne soient ressentis par les humains.
- Supervision visuelle : Des webcams pointées sur le cône Navidad et le sommet principal permettent aux vulcanologues de surveiller l’activité des fumerolles en temps réel. Tout changement de couleur ou de vigueur des panaches de vapeur fait l’objet d’une enquête immédiate.
- Sensibilisation : La population locale, ayant vécu l‘“Éruption de Noël”, est très consciente des risques. Les plans d’évacuation sont intégrés à l’infrastructure touristique pour garantir que si le Lonquimay se réveille à nouveau—peut-être lors d’un autre jour férié—le coût humain sera minime.
Conclusion
Le Lonquimay est un volcan de contrastes. C’est un lieu d’une beauté alpine époustouflante, où des arbres anciens gardent des pentes enneigées. Pourtant, c’est aussi une usine chimique qui a un jour empoisonné une vallée. Son éruption de 1988 reste une étude de cas cruciale en géologie médicale, nous enseignant que les dangers d’un volcan ne sont pas toujours aussi visibles que la lave qui coule, mais peuvent être aussi invisibles que le gaz dans le vent. Visiter le Lonquimay, c’est respecter cette dualité, profiter du terrain de jeu des pentes tout en reconnaissant le feu qui les a construites.