Lascar
Le volcan le plus actif des Andes chiliennes septentrionales, célèbre pour ses fréquentes explosions vulcaniennes et son cadre de haute altitude.
Le Lascar est le volcan le plus actif des Andes centrales du nord du Chili. S’élevant à 5 592 mètres (18 346 pieds), c’est une sentinelle de haute altitude située au cœur du désert d’Atacama, l’un des environnements les plus arides de la planète. Son nom, peut-être dérivé du mot Quechua pour “langue”, correspond à son comportement : il lèche fréquemment le ciel avec des flammes et des cendres. Depuis le XIXe siècle, le Lascar est entré en éruption plus de 30 fois, ce qui en fait une cible prioritaire pour la surveillance scientifique et une source de fascination pour les alpinistes de l’extrême.
La sentinelle du haut désert
Le Lascar se trouve au bord de la Puna de Atacama, un haut plateau qui ressemble à la surface de Mars.
- Un environnement impitoyable : L’environnement autour du Lascar est impitoyable. De forts vents d’ouest balaient le paysage stérile, les températures chutent bien avant le gel la nuit et le rayonnement solaire est intense. Il n’y a presque pas de végétation, à l’exception de touffes d’herbe Ichu résiliente aux altitudes inférieures.
- Atteindre le sommet : L’ascension du Lascar nécessite une acclimatation. Le trek commence à environ 4 800 mètres et monte jusqu’au bord du cratère. Les grimpeurs sont récompensés non pas par la vue d’une vallée luxuriante, mais par une fosse fumante et sulfureuse et un panorama à 360 degrés de marais salants (Salar d’Atacama) et d’autres volcans, y compris l’Aguas Calientes symétrique.
- Les fumerolles : Même lorsqu’il n’est pas en éruption, le Lascar respire. Des centaines de fumerolles à l’intérieur du cratère actif évacuent du dioxyde de soufre et du gaz chlorure d’hydrogène. Le sifflement du gaz qui s’échappe est le seul bruit dans ce paysage silencieux et vide.
Le cataclysme de 1993 : Un événement continental
Le potentiel de violence du Lascar s’est pleinement réalisé les 19 et 20 avril 1993.
- L’explosion : Après une période de croissance du dôme, le volcan a déclenché une éruption vulcanienne à plinienne massive. Le souffle a été si puissant que la colonne d’éruption s’est effondrée, générant des coulées pyroclastiques—des avalanches de gaz chaud et de roche—qui ont parcouru 8,5 kilomètres sur le flanc nord-ouest.
- Le nuage de cendres : Le panache de cendres s’est élevé à une altitude de 25 kilomètres (82 000 pieds). Les vents de haute altitude ont transporté ce matériau vers l’est à travers le continent. Des cendres sont tombées à Santiago del Estero, en Argentine, et des particules fines ont été suivies jusqu’à l’océan Atlantique et le sud du Brésil.
- Impact : Bien que la zone immédiate soit peu peuplée, les cendres ont causé d’importantes perturbations du trafic aérien à travers l’Amérique du Sud. Elles ont empoisonné les sources d’eau pour les troupeaux de vigognes et ont eu un impact sur l’agriculture de subsistance des petites communautés des contreforts andins.
Activité cyclique : Le rythme du Lascar
Les volcanologues ont identifié un cycle distinct dans le comportement du Lascar, souvent appelé le “cycle du Lascar”.
- Croissance du dôme : Le cycle commence généralement par l’extrusion lente d’un dôme de lave dans le cratère central. Ce dôme agit comme un bouchon dans une cocotte-minute, piégeant les gaz en dessous.
- Affaissement : À mesure que la pression augmente, le fond du cratère peut montrer des signes d’affaissement ou de déformation.
- Explosion : Finalement, la pression dépasse la résistance de la roche. Le dôme est détruit dans une violente éruption explosive (comme les événements de 1993 ou 2015), dégageant l’évent.
- Dégazage : Le cycle se termine par une période de dégazage ouvert, où le volcan fume librement jusqu’à ce qu’un nouveau dôme commence à se former, redémarrant l’horloge. Comprendre ce rythme est essentiel pour prédire les futurs événements à grande échelle.
Le sel et le feu : Une synergie géologique
À l’ouest du Lascar se trouve le Salar d’Atacama, le troisième plus grand marais salant du monde et la plus grande source de lithium de la planète.
- La source : Le lithium trouvé dans la saumure du Salar provient de l’altération des roches volcaniques dans les Andes, y compris le Lascar. Au fil des millions d’années, la pluie et la neige ont dissous les ignimbrites rhyolitiques riches en minéraux éjectées par le Lascar et ses voisins, entraînant le lithium dans le bassin fermé du Salar.
- La vue : Depuis le sommet du Lascar, les bassins d’évaporation des mines de lithium ressemblent à une mosaïque géométrique et colorée—un contraste industriel saisissant avec les forces sauvages et naturelles du volcan. Cette juxtaposition visuelle souligne le lien entre l’histoire géologique ardente de la région et la révolution énergétique moderne qui alimente les véhicules électriques.
Escalader le Lascar : Un guide pour les braves
L’ascension du Lascar est l’un des sommets de “haute altitude” les plus accessibles des Andes, mais il ne faut pas la sous-estimer.
- L’approche : Le voyage commence à San Pedro de Atacama. Un véhicule 4x4 est essentiel pour naviguer sur les routes poussiéreuses et ondulées menant à la Laguna Lejía, un magnifique lac de haute altitude rempli de flamants roses qui reflète souvent le volcan fumant. De là, la route continue jusqu’à environ 4 900 mètres.
- L’ascension : La randonnée elle-même est courte en distance (environ 3 à 5 km) mais épuisante en raison de l’altitude. Les grimpeurs luttent pour respirer dans l’air raréfié, avançant péniblement sur des pentes d’éboulis raides. Le froid est intense, souvent aggravé par des vents mordants qui peuvent geler la peau exposée en quelques minutes.
- Le cratère sommital : La récompense est de regarder dans le cratère actif. C’est un trou terrifiant dans la terre, d’environ 800 mètres de large et 300 mètres de profondeur. Le fond est souvent obscurci par des nuages pulsants de gaz sulfureux. Le rugissement des fumerolles est audible, un rappel constant que la montagne ne fait que dormir, elle n’est pas morte.
- Sécurité : Les grimpeurs doivent porter des masques à gaz. Un changement soudain de direction du vent peut envelopper le bord de gaz $\text{SO}_2$ suffocant. De plus, les guides limitent généralement le temps passé au bord du cratère à 15-20 minutes pour minimiser l’exposition aux fumées toxiques.
Surveillance depuis l’espace : La sentinelle satellite
Parce que le maintien de stations au sol est si difficile, le Lascar est une cible prioritaire pour la volcanologie par satellite.
- Technologie InSAR : Les scientifiques utilisent le radar à synthèse d’ouverture interférométrique (InSAR) pour mesurer la déformation du sol depuis l’espace. En comparant des images radar prises à différents moments, ils peuvent détecter si le volcan gonfle (inflation) ou se dégonfle. L’inflation est souvent le signe qu’un nouveau lot de magma entre dans le réservoir peu profond, avertissant d’une éruption potentielle des mois à l’avance.
- Détection d’anomalies thermiques : Des satellites comme MODIS et Sentinel-2 scannent en continu le Lascar à la recherche de chaleur. Une augmentation subtile de la température du fond du cratère peut indiquer que le dôme de lave devient plus perméable ou que du magma frais monte près de la surface. Cette surveillance thermique à distance est le seul moyen de garder un œil constant sur la “fièvre” du volcan sans risquer des vies humaines sur le bord.
Extrêmes environnementaux et préservation
Le climat unique du désert d’Atacama fait du Lascar une bibliothèque géologique.
- Préservation : Parce qu’il y a si peu de pluie pour éroder le paysage, les dépôts volcaniques vieux de milliers d’années semblent être tombés hier. Les scientifiques peuvent étudier les “empreintes digitales” des anciennes coulées pyroclastiques avec une précision incroyable.
- Vie sur Mars : Les astrobiologistes étudient l’environnement autour du Lascar comme un proxy pour Mars. La combinaison de rayonnements UV élevés, d’aridité extrême et de sols oxydants est similaire aux conditions sur la planète rouge. Comprendre comment la vie microbienne survit dans les évents fumerolliens du Lascar donne des indices sur les endroits où nous pourrions chercher de la vie ailleurs dans le système solaire.
Défis de la surveillance en haute altitude
Surveiller un volcan à 5 600 mètres dans un désert est un exploit logistique.
- Le réseau : L’Observatoire volcanologique des Andes du Sud (OVDAS) maintient un réseau de sismomètres télémétrés. Cependant, le froid extrême vide souvent les batteries et les vents violents peuvent détruire les panneaux solaires.
- Infrasons : Pour compléter les données sismiques, les chercheurs utilisent des réseaux d’infrasons pour “entendre” les explosions. Comme les ondes acoustiques voyagent bien dans l’atmosphère, ces capteurs peuvent être placés plus loin dans des endroits plus accessibles.
- Le facteur humain : L’établissement le plus proche est le petit village de Talabre. Les résidents, principalement du peuple indigène Likan Antai, ont une connaissance profonde de la montagne. Ils constituent la première ligne de défense, signalant souvent des changements de couleur du panache ou de l’odeur de soufre avant que les instruments n’enregistrent un changement.
La légende Likan Antai
Pour le peuple indigène Likan Antai (Atacameño), le volcan est un ancien respecté.
- La langue de feu : Le nom “Lascar” ferait référence à la “langue” de feu ou de fumée que le volcan tire fréquemment. Dans la cosmologie locale, les volcans sont des esprits personnifiés qui interagissent les uns avec les autres.
- La punition : Les légendes disent que le Lascar est un disciplinaire strict. Lorsque les gens oublient les anciennes voies ou manquent de respect à la Pachamama (Terre Mère), le Lascar fume pour les avertir. L’éruption de 1993 est encore évoquée par les anciens de Talabre comme une époque où la montagne était vraiment en colère, transformant le jour en nuit pour forcer l’introspection.
- Offrandes : À ce jour, les randonneurs et les habitants font souvent de petites offrandes de feuilles de coca ou d’alcool à la base du volcan avant de tenter une ascension, demandant un passage sûr et un temps clair.
Conclusion
Le Lascar est une force brute et élémentaire. C’est un volcan dépouillé de la douceur de la végétation, se dressant nu contre le ciel andin. Ses explosions fréquentes rappellent régulièrement que la terre sous l’Atacama est loin d’être morte. Pour le scientifique, c’est un laboratoire parfait ; pour le grimpeur, un défi suprême ; et pour les habitants, un voisin capricieux qui exige un respect et une vigilance constants.